C'est long et personne le lira, mais il faut bien un peu d'intelligence sur un blog.
La Politique 2.0
Le plus dangereux avec Nicolas Sarkozy, ce n'est pas le personnage, ni ses actes ni ses paroles, mais bel et bien les critiques qui le fustigent. Elles sont si nombreuses, si véhémentes, et suscitent de telles polémiques (dont l'étendue dépasse parfois les limites de l'hexagone !) qu'elles finissent par constituer un véritable voile, un rempart, un mur protecteur derrière lequel le président n'hésite pas à s'abriter.
Dernier exemple en date : le célébrissime « casse-toi, pauvre con ! » qui a parcouru le web et a fait couler certainement plus d'encre que la répression sanguinaire menée actuellement par la Chine au Tibet. Avant ce débordement de langage, figuraient parmi les critiques les plus récurrentes et les plus prisées des adversaires du président : le style « bling bling » (voir Bruni, Boloré, Ray-ban...), les pulsions nerveuses parfois contrôlées à l'aide de l'alcool (voir G8...) ou encore les idées dépourvues de bon sens et nées sur l'impulsion du moment (voir la prise en charge par un élève de CM2 d'un enfant victime de la Shoah...)
Si ces critiques sont entièrement justifiées et pleinement nécessaires, elles sont autant de faveurs faites à un homme dont les maladresses et le manque de professionnalisme ont terni l'image : tant que les caméras sont rivées sur les yachts de ses amis, les journalistes obnubilés par le trublion insatiable qu'est Nicolas Sarkozy et les esprits anesthésiés par l'éternel « Chirac, même si on pouvait ne pas l'aimer, c'était autre chose quand même ! », personne ne se soucie du fond. Faites clignoter la forme, et vous êtes certains que nul ne se souciera du fond. La technique est millénaire, mais force est de constater que la majorité des Français se laisse prendre au piège et que cela joue en faveur du président.
De plus, qui interdit au président de se comporter tel qu'il le fait ? Il n'existe pas de loi qui l'empêche d'exhiber ses Rolex, la constitution ne lui refuse pas l'accès au Fouquet's et le poste de président n'exclut en rien un appartement de luxe à Neuilly sur Seine. Certes, la tradition du président-roi emmenée par de Gaule en son temps, puis poursuivie par les autres présidents de la Vème république (Mitterand et Chirac en tête) nous a habitué à des éternels clichés solides et quasi-inaliénables : le président se doit de résider au palais de l'Elysée, son épouse doit être vieille et coincée, il doit passer ses vacances à Brégançon et être un homme de raffinement et de luxe. En d'autres termes, le président doit être un intouchable, presque irréel... Mais cela n'oblige en rien Nicolas Sarkozy à suivre un modèle qui n'est pas une règle, mais simplement une habitude. L'usage ne fait pas le bon sens, et même si, dans ce cas précis, l'usage était de bon sens, on ne peut reprocher à Nicolas Sarkozy de décomplexer la fonction suprême. Ceux qui réclament plus de retenue et de pudeur de la part du président en des temps de difficultés extrêmes et de pauvreté pour les couches les plus défavorisées de la population sont des hypocrites. S'imaginent-ils que Chirac était modeste, ou que Giscard enfilait son bleu d'ouvrier tous les matins ?! S'ils veulent que Sarkozy se cache pour jouir de son argent, alors autant qu'ils se taisent, car il est stupide de croire que la discrétion tue le vice.
Le danger est ailleurs : la marque des costumes du président importe peu ; seule la façon de gouverner compte. Ce que certains ont appelé le style Sarkozy est bien plus inquiétant que le comportement de celui-ci. Les ministres sont désormais nommés pour une durée déterminée, et ont un objectif précis à remplir. Ils sont ici en « mission » a déclaré le chef de l'Etat. Telle marionnette est nommée le temps d'une crise précise, puis, une fois sa contribution apportée, il doit rendre les clefs du bureau. On ne peut donc plus parler de ministre, mais bel et bien de prestataires d'entreprises : appelés à travailler dans un but déterminé, grassement payés, ils se retirent une fois l'effort fourni.
Certains ministres sont, eux, nommés sur d'autres critères qui rappellent également l'entreprise : la propagande publicitaire (on embauche une star, qui aura pour but d'anesthésier la masse populaire en faisant figure de « bon type bien sympathique » comme Bernard Laporte...), la discrimination positive (on fait appelle à un « modèle d'intégration », issu d'un milieu difficile qui a su s'en sortir aux dépens de son milieu d'origine, comme Rachida Dati...) ou encore, l'espionnage industriel (on pioche chez la concurrence quelques esprits peu scrupuleux et plus arrivistes qu'idéologistes, qui troqueront volontiers leur habit de militant contre une tunique de ministre, comme Bernard Kouchner...). Ce processus, véritable « jobisation » de la politique, a pour but d'endormir les esprits pour mieux s'accaparer le pouvoir.
Voilà le réel danger du changement apporté et prôné par Nicolas Sarkozy. Il ne réside pas tant dans le style que dans sa motivation profonde : faire de la politique un milieu d'affaires quelconque, qui sera uniquement et exclusivement accessible aux stars, aux businessmen et aux avocats aux mains plus ou moins blanches. Le modèle vers lequel voudrait tendre Nicolas Sarkozy serait l'Italie de Berlusconi, ou la Russie de Poutine. Loin d'être des exemples à suivre, ces cas devraient au contraire nous alerter et nous prévenir.
Alors n'écoutons plus les soi-disant subversifs, la prétendue gauche et autres rebelles du dimanche qui clament haut et fort qu'ils « n'en ont rien à branler de Carla Bruni », que « Nicolas Sarkozy ose s'afficher en milliardaire alors que le pouvoir d'achat baisse » et autres banalités terrifiantes, mais méfions nous de la menace qui plane sur nos institutions et sur notre République, et ne laissons pas les ministères devenir des entreprises, les citoyens des employés et la France un bien marchandable et négociable.
Alexis BETEMPS