LSF

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Love at the time of Facebook

le récit complet de cette soirée est disponible dans mes Confessions, téléchargeable dans 67 ans sur internet

# Posté le mercredi 14 mai 2008 17:07

Modifié le jeudi 15 mai 2008 17:22

La Politique 2.0

La Politique 2.0
C'est long et personne le lira, mais il faut bien un peu d'intelligence sur un blog.

La Politique 2.0

Le plus dangereux avec Nicolas Sarkozy, ce n'est pas le personnage, ni ses actes ni ses paroles, mais bel et bien les critiques qui le fustigent. Elles sont si nombreuses, si véhémentes, et suscitent de telles polémiques (dont l'étendue dépasse parfois les limites de l'hexagone !) qu'elles finissent par constituer un véritable voile, un rempart, un mur protecteur derrière lequel le président n'hésite pas à s'abriter.
Dernier exemple en date : le célébrissime « casse-toi, pauvre con ! » qui a parcouru le web et a fait couler certainement plus d'encre que la répression sanguinaire menée actuellement par la Chine au Tibet. Avant ce débordement de langage, figuraient parmi les critiques les plus récurrentes et les plus prisées des adversaires du président : le style « bling bling » (voir Bruni, Boloré, Ray-ban...), les pulsions nerveuses parfois contrôlées à l'aide de l'alcool (voir G8...) ou encore les idées dépourvues de bon sens et nées sur l'impulsion du moment (voir la prise en charge par un élève de CM2 d'un enfant victime de la Shoah...)
Si ces critiques sont entièrement justifiées et pleinement nécessaires, elles sont autant de faveurs faites à un homme dont les maladresses et le manque de professionnalisme ont terni l'image : tant que les caméras sont rivées sur les yachts de ses amis, les journalistes obnubilés par le trublion insatiable qu'est Nicolas Sarkozy et les esprits anesthésiés par l'éternel « Chirac, même si on pouvait ne pas l'aimer, c'était autre chose quand même ! », personne ne se soucie du fond. Faites clignoter la forme, et vous êtes certains que nul ne se souciera du fond. La technique est millénaire, mais force est de constater que la majorité des Français se laisse prendre au piège et que cela joue en faveur du président.
De plus, qui interdit au président de se comporter tel qu'il le fait ? Il n'existe pas de loi qui l'empêche d'exhiber ses Rolex, la constitution ne lui refuse pas l'accès au Fouquet's et le poste de président n'exclut en rien un appartement de luxe à Neuilly sur Seine. Certes, la tradition du président-roi emmenée par de Gaule en son temps, puis poursuivie par les autres présidents de la Vème république (Mitterand et Chirac en tête) nous a habitué à des éternels clichés solides et quasi-inaliénables : le président se doit de résider au palais de l'Elysée, son épouse doit être vieille et coincée, il doit passer ses vacances à Brégançon et être un homme de raffinement et de luxe. En d'autres termes, le président doit être un intouchable, presque irréel... Mais cela n'oblige en rien Nicolas Sarkozy à suivre un modèle qui n'est pas une règle, mais simplement une habitude. L'usage ne fait pas le bon sens, et même si, dans ce cas précis, l'usage était de bon sens, on ne peut reprocher à Nicolas Sarkozy de décomplexer la fonction suprême. Ceux qui réclament plus de retenue et de pudeur de la part du président en des temps de difficultés extrêmes et de pauvreté pour les couches les plus défavorisées de la population sont des hypocrites. S'imaginent-ils que Chirac était modeste, ou que Giscard enfilait son bleu d'ouvrier tous les matins ?! S'ils veulent que Sarkozy se cache pour jouir de son argent, alors autant qu'ils se taisent, car il est stupide de croire que la discrétion tue le vice.
Le danger est ailleurs : la marque des costumes du président importe peu ; seule la façon de gouverner compte. Ce que certains ont appelé le style Sarkozy est bien plus inquiétant que le comportement de celui-ci. Les ministres sont désormais nommés pour une durée déterminée, et ont un objectif précis à remplir. Ils sont ici en « mission » a déclaré le chef de l'Etat. Telle marionnette est nommée le temps d'une crise précise, puis, une fois sa contribution apportée, il doit rendre les clefs du bureau. On ne peut donc plus parler de ministre, mais bel et bien de prestataires d'entreprises : appelés à travailler dans un but déterminé, grassement payés, ils se retirent une fois l'effort fourni.
Certains ministres sont, eux, nommés sur d'autres critères qui rappellent également l'entreprise : la propagande publicitaire (on embauche une star, qui aura pour but d'anesthésier la masse populaire en faisant figure de « bon type bien sympathique » comme Bernard Laporte...), la discrimination positive (on fait appelle à un « modèle d'intégration », issu d'un milieu difficile qui a su s'en sortir aux dépens de son milieu d'origine, comme Rachida Dati...) ou encore, l'espionnage industriel (on pioche chez la concurrence quelques esprits peu scrupuleux et plus arrivistes qu'idéologistes, qui troqueront volontiers leur habit de militant contre une tunique de ministre, comme Bernard Kouchner...). Ce processus, véritable « jobisation » de la politique, a pour but d'endormir les esprits pour mieux s'accaparer le pouvoir.
Voilà le réel danger du changement apporté et prôné par Nicolas Sarkozy. Il ne réside pas tant dans le style que dans sa motivation profonde : faire de la politique un milieu d'affaires quelconque, qui sera uniquement et exclusivement accessible aux stars, aux businessmen et aux avocats aux mains plus ou moins blanches. Le modèle vers lequel voudrait tendre Nicolas Sarkozy serait l'Italie de Berlusconi, ou la Russie de Poutine. Loin d'être des exemples à suivre, ces cas devraient au contraire nous alerter et nous prévenir.
Alors n'écoutons plus les soi-disant subversifs, la prétendue gauche et autres rebelles du dimanche qui clament haut et fort qu'ils « n'en ont rien à branler de Carla Bruni », que « Nicolas Sarkozy ose s'afficher en milliardaire alors que le pouvoir d'achat baisse » et autres banalités terrifiantes, mais méfions nous de la menace qui plane sur nos institutions et sur notre République, et ne laissons pas les ministères devenir des entreprises, les citoyens des employés et la France un bien marchandable et négociable.


Alexis BETEMPS

# Posté le vendredi 28 mars 2008 19:10

"Livre de visages" si on pousse la traduction à son extrême le plus démentiel.

"Livre de visages" si on pousse la traduction à son extrême le plus démentiel.
Je suis Tony de Skins*, la couleur bleu, Joseph Staline*, la Main Noire, Carapuce, un vagin, Laurent Fabius, un geek, la cocaïne, Paris*, Nietzsche*, Bob Dylan, le mois de Mai, 80% british, un boxer, Mario 64, Bree van de Kamp, exhibitionniste, « Patience » des Guns'n Roses, Homer Simpson, ...
Le pire avec tout ça, c'est que j'ai 60 amis, que je me fais draguer par des canadiennes obèses, que j'ai 79% de points communs sur ma sexualité avec Morgan, que j'ai déjà été au Canada et que Hyppolite est mon pote.

Tout ça suffit bien à démontrer que...

FACEBOOK N'EST PAS LA VRAIE VIE

(sauf pour les *)

# Posté le vendredi 21 mars 2008 18:41

25 Ans Aps...

25 Ans Après...
25 Ans Aps...

Episode VIII - Alexis -

J'ouvre péniblement les yeux ; l'air est si lourd et chaud que mes paupières engourdies par le sommeil ne parviennent pas à se soulever d'elles-mêmes. J'ai la tête qui tourne et il me faut un long moment avant de dissiper mes vertiges. Mon esprit semble détaché de mon corps qui est plongé dans le malaise et la fatigue. Mes bras me font mal car ils sont coincés sous une masse que je ne parviens pas à définir dans la pénombre. Quelques rayons de soleil sales percent à travers les volets pour s'écraser en silence sur le visage de Morgane qui est allongée par terre. Un goût âpre et amer se fait sentir tout au fond de mon palais à mesure que je retrouve l'usage de mes sens. Une odeur forte se dégage de je ne sais où, répandant le parfum des corps dans toute la pièce. Pendant quelques minutes, il m'est impossible de parvenir à me souvenir d'où je suis. J'ai des fourmis dans les jambes et je ne sens plus mes doigts. Je tente de les retirer de sous Morgan, et les range le long de mes cuisses. Je sens une tâche humide sur mon pantalon, collante et qui sent l'alcool. Un ronflement lointain parvient jusqu'à mes oreilles : il émane d'un tas humain composé de six ou sept personnes à moitié endormies. Le silence terrifiant de l'appartement m'étouffe. J'essaye alors de me lever en silence en tentant de provoquer le moins de gène possible pour ne réveiller personne. Au passage, je fais tomber un livre qui s'écrase sur le sol avec bruit. Personne ne réagit. J'enjambe quelques cuisses dénudées, et m'extirpe avec peine de ce sauna.

L
'air pur du couloir me frappe de plein fouet, comme une claque violente au réveil. La lumière m'inonde si rapidement et profondément que mes yeux se ferment par réflexe. Je toussote un peu, et fais un ultime effort pour avancer jusqu'à la cuisine. Là, je me sers un verre d'eau que j'avale avec difficulté. Un mal de gorge terrifiant me paralyse le gosier et m'empêche de manger. Je ne me rappelle plus de ce que j'ai fait la veille, mais l'état impressionnant de l'appartement me fournit de précieux indices : il s'agit visiblement plus d'une guerre que d'une partie de belotte. Au regard des photos encadrées sur les murs, nous semblons être chez Martin. Je me passe un peu d'eau fraîche sur le visage, et pousse lentement la porte du salon où dorment une quinzaine de personne sur le sol. Un éphéméride déchiré et des cotillons multicolores jonchent le sol : nous sommes bel et bien passés en 2009.

M
es habits sont trempés, et je décide de me mettre en quête de nouvelles choses à porter. Sur le canapé, un inconnu dort en caleçon, une paire de jeans près de lui. Je la lui emprunte discrètement ; bien que ses doigts soient fermement renfermés sur la jambe gauche du pantalon ; il ne sourcille même pas. Je retire mon vieux Levis et enfile le slim qui vient de me tomber entre les mains. Il est loin d'être à ma taille, mais il me convient très bien ainsi. Ce n'est pas parce que le dernier bouton reste défait que je ne suis pas charmant. Je troque mon T-shirt goulinant de sueur contre un polo que porte sur lui Boris. Celui-ci ne se réveille pas lorsque j'effectue l'échange. Il dort trop profondément, bercé par des rythmes endiablés à en juger par l'agitation imperceptible de ses mains. Je me mets à la fenêtre et respire un grand bol d'air frais. Il me brûle les bronches, et ce premier matin de 2009 s'annonce mal.

J'en
tends un léger craquement derrière moi. Alice vient de se lever. Elle semble dans le même état que moi et peine à progresser à travers les corps allongés. Je lui souris gentiment : elle ne semble pas me voir. Je me décide à lancer un timide « Ca va ? » à voix basse : elle ne réagit même pas. Elle s'asseoit sur une chaise et plonge son regard dans le vide. Je m'approche alors d'elle et me pose délicatement sur la chaise. Le craquement de celle-ci semble la faire sursauter. Elle jette de brefs coups d'½il tout autour d'elle avec inquiétude sans me voir. Je ris. Elle ne m'entend pas.

Morgane
, suivie de Pia et Agatha entrent dans la pièce. Elles sourient à Alice qui leur rend leur politesse matinale. Je fais un petit signe à Pia : elle ne me regarde pas. Je prends une petite voix frustrée : « Bébé ! Fais moi un bisou !! ». Elle ne se retourne même pas vers moi. J'insiste : « Hey ! Pia ! ». Elle ne bouge pas. « Pia !! Répond-moi ! ». Rien. Personne ne répond, personne ne fait attention à moi. Je lance à voix haute et grave : « Bon ! C'est bon ça saoule ! Qu'est-ce que j'ai fait ? Je dois même pas m'en souvenir ! ». Encore une fois, ma voix enrouée et étrange résonne dans la pièce sans réveiller le moindre invité. Je crie : « Putain ! Répondez ! ». Toujours rien. Je bondis alors de ma chaise, et claque la porte du salon du plus fort que je peux. Toutes les filles se retournent en sursautant. « Putain ! C'était quoi ça ? C'est un truc de ouf... » s'exclame Morgane. Pia s'approche pour regarder plus près la porte ; elle me frôle de quelques centimètres. J'en profite pour lui secouer le bras, mais ce qui se passe alors me remplit d'effroi. Mes doigts passent à travers son pull et sa chair.

J
e hurle, et sans m'étonner de l'absence de réaction de la pièce, je commence à sauter sur Jill et Paul qui sont blottis contre un meuble. Rien. Mes pieds leur passent à travers, et je retombe en silence sur le tapis. Je crie de toutes mes forces, saisi de panique et désemparé. Par la porte du salon paraît Morgan qui fait un petit sourire aux filles dans la pièce. Je me pose entre lui et Pia : cela ne semble gêner aucun des deux. Ils se parlent à voix basse comme si de rien était.

Je compr
ends alors que je n'existe plus. Que je n'existe pas. Je n'ai d'ailleurs jamais existé. Je ne suis qu'une ombre qui se persuade qu'elle existe, mais je ne suis personne en vérité. Je viens de sortir d'un rêve : celui de ma vie. Je me retrouve ainsi seul, debout au milieu de cette pièce remplie de gens que je crois connaître mais qui ne me connaissent pas. Mon prénom n'évoque rien à personne ; d'ailleurs comment pourrait-il évoquer quoi que ce soit puisque je ne suis pas là ?
J
e m'approche de la fenêtre et me penche en avant pour contempler Belleville qui s'éveille. Je repense à ce rêve de 25 ans. Pourquoi l'ai-je fait ? J'ai partagé le parcours et l'existence de gens que je ne connais pas, et j'ai fini par me convaincre que je vivais. Mais je suis bien obligé de me rendre à l'évidence : je n'existe pas. Il n'y a pas d'Alexis, et il n'y en a jamais eu. Sans doute n'y en aura-t-il jamais. Si j'ai rêvé de ces 25 ans, c'est que ma solitude m'emprisonnait tant que j'ai ressenti le besoin de m'évader en me créant des amis qui n'étaient que des images de mon esprit. Je me propulse sur la pointe des pieds, puis, me laisse lourdement tomber par la fenêtre, et savoure chaque centimètre de ma chute sublime vers le trottoir où je m'éclate en morceaux de chair difformes et laids.

Ainsi fini
t Alexis Betemps, qui n'avait jamais existé. Dans le néant le plus total, sans pardon ni compassion de la part de ceux qui ne l'ont jamais aimé faute de l'avoir connu. Sans pitié ni amitié, et sans l'espoir de vivre jamais. Car aux êtres condamnés à 25 ans de solitude, il n'est pas donné sur Terre de seconde chance...









# Posté le vendredi 22 février 2008 19:08

25 Ans Aps...

25 Ans Après...
25 Ans Aps...

Episode VI - Mathieu -

Mathieu porte un imperméable noir en keblar et des lunettes bordées d'or sur lesquelles sont gravées ses initiales. Il a le crâne rasé et tient dans sa main un imposant iTazer, lui aussi gravé à ses initiales. Son sourire reflète la lumière agressive et intolérable de lampe magnétique qu'il dirige vers moi. Morgane a couru se recroqueviller dans un coin de mur. Mathieu tape des mains, et mon corps se soulève lourdement jusqu'à être à la verticale. « Alexis Betemps... » articule-t-il lentement. Son sourire se transforme en un cruel rictus de haine. « Est-ce là ton véritable nom ? » demande-t-il en relevant sa choire percée par une tige métallique. Je parviens à faire un vague oui de la tête entre deux hurlements de douleur : le magnétisme du Tazer me dessoude les os et semble faire fondre mes muscles. Ma peau se tend et mes tendons sont sur le point de lâcher. Mathieu hurle : « Tu mens ! ». Il tend vers moi le Tazer et en augmente la puissance. Je ressens brusquement une onde électrique à travers mon crâne qui le secoue de part en part. Mon visage se distord tandis que mon ventre se contracte dans un spasme indescriptible.

Mathieu ap
proche vers moi. « Tu sais ce que signifie cette tige ? » me demande-t-il avec arrogance en désignant sa gencive transpercée. Je fais oui de la tête, obligeant mes carotides paralysées à se plier dans un sursaut de démence arrachante. « Cela signifie que je suis libre disposant des corps, des esprits et de l'existence de tous mes sujets » récite-t-il. « J'ai prêté serment sur notre Constitution. Cette mutilation me lie à la race des dirigeants, et je me dois de faire régner la vérité sur notre pays. » ajoute-t-il dans un souffle de mépris. « Regarde-moi ». Je tente de relever la tête, mais la douleur fait claquer dans mes tempes un vaisseau. Une souffrance incomparable s'empare de mon corps tandis que Mathieu monte d'un cran le régulateur de son Tazer. « Je te connais d'avant. J'ai gardé un peu de pitié vis-à-vis de cette vie. Je t'accorde une chance là où d'autres sont déjà réduits à l'état de cendres infectes et insignifiantes. Je t'accorde la chance de me dire la vérité, sans quoi, je pousserai ce petit interrupteur à sa puissance maximale, et ton cerveau sera détruit par l'explosion de ton nerf fébrilique. » dit-il les yeux rouges d'abortion et de haine.

Son corps usé
par les soubassements du pouvoir se tient en face de moi, immobile, et comme hypnotisé par mon quasi-cadavre en décomposition littérale. « Tu sais pourquoi je hais les gens dans ton espèce, Betemps ? Parce qu'ils ne savent pas admettre quand ils ont perdu. Ils ne se rendent jamais. » lâche-t-il entre ses dents sifflantes. Il sort de sa poche un petit appareil qu'il pointe vers moi ; un iDetector, le détecteur de mensonge le plus performant du monde, produit par Apple sous l'initiative de Kamélia Kettemeyer, qui, elle aussi, fréquentait notre classe. Le voyant de la machine se pointe sur le plus haut degré de mensonge. Mathieu relève le regarde vers moi. « Sale petite garce » hurle-t-il. « J'en étais sûr. Laisse moi t'expliquer une petite chose que tu ignores, Betemps. » Il s'approche de moi, et fixe son regarde assassin dans mes pupilles, sans que je puisse détourner les yeux. La douleur me dessèche les cristallins, et je sens son souffle froid me glacer le sang.

« Il y a bien longtemps, il y a six ans, j'ai envisagé de prendre le contrôle de ce pays par un coup d'état. Ils étaient tous à ma botte. Les ministres, les people, les journalistes, les militaires... Leurs enfants se logeaient dans mes appartements, leurs femmes mangeaient ma nourriture, et leurs parents logeaient dans mes hospices. Crois-moi, ma grand-mère avait raison : si tu possèdes le lieu de la vie des gens, tu possèdes la vie des gens. Mais il me manquait l'expérience politique. Il me manquait le petit plus qui fait d'un homme un homme aguerri. En fait, il me manquait l'anecdote qui rendrait mon image populaire auprès des gens. Alors j'ai trouvé une idée de génie. Une idée que seul un être supérieur comme moi pouvait avoir. » Il fait une courte pause, et savoure sa supériorité alors que je commence à perdre la vue faute d'humidification de mes pauvres yeux. « J'ai demandé à Clément de m'aider. Je lui ai tout dicté du début à la fin : comment te tendre un piège dont tu ne ressortirais pas. Un truc pour te faire plonger, et pour me permettre de me vanter d'avoir jeté en prison un criminel. Alors nous avons tout organisé, et sitôt que tu as été mis sous les verrous, je me suis précipité dans les salons pour mettre à mon compte cette ½uvre de gloire en tant que chef de la police. Mon CV était parfait, crois-moi. « A fait arrêté Alexis Betemps, le meurtrier sanguinaire » : c'est le genre de petit truc qui fait craquer les vieilles, fantasmer les filles et rend admiratives les ménagères dans leurs cuisines miteuses. »

Ses révél
ations me parviennent à peine tant la douleur est grande. Je ne parviens quasiment pas à respirer, et sens que si mon état reste tel quel une minute de plus, je mourrai sans doute. « Seulement, quelque chose m'a chagriné lorsque l'on t'a fait passé les tests d'épuisements des prisons parisiennes. Les détecteurs rendaient sans cesse un signal de doute sur la même question. Quelque chose ne collait pas, vois-tu. Ce quelque chose, je suis sûr que tu sais ce que c'est, n'est-ce pas ? » me demande-t-il avec un infime espoir dissimulé sous les tonnes de hargne qui flambent en lui. Je secoue la tête en plissant les yeux, priant pour qu'il me croie, sans grand espoir. L'indicateur du iDetector s'allume en effet au niveau le plus élevé, et le visage de Mathieu s'illumine d'une colère incontrôlable. « Sale chien ! Répond ! Répond-moi ! Quel est ton vrai nom, espèce de vermine ! Je peux te faire éclater d'un geste du doigt sale merde ! Répond-moi, tu as trois misérables secondes, et je te fais éclater le cerveau. Tu vas sentir tes nerfs chauffer à un tel point que tu hurleras et appelleras ta pute de mère en te décomposant misérablement. Répond-moi maintenant » hurle-t-il hors de lui. Je voudrais lui répondre, mais je sens mes dents éclater au fond de ma mâchoire. Derrière Mathieu, à quelques cinquantaines de mètres, se profile la foule qui arrive en hâte, bruyamment, curieuse de savoir ce qui se passe. Je hurle de toutes mes tripes dans un espoir de rédemption de la part de celui dont je partageais jadis la classe. Mais Mathieu se dresse, aussi furieux et effrayant que le démon lui-même, et pousse la puissance de son iTazer au maximum. Je sens le champ magnétique se défaire, et mon corps s'affaler sur le trottoir. Mais curieusement, aucune douleur ne se fait sentir. Au contraire, mon corps semble infimement se remettre de ses peines. Le rire strident de rage de Mathieu se profile derrière moi, tandis qu'il me donne un coup de pied dans le dos. « Ce chien de bâtard est crevé » grogne-t-il.

Tout
s'éclaircit alors dans ma tête : le nerf fibrique qui devait provoquer la destruction de mon cerveau n'a pas implosé. Le phénomène n'a pas eu lieu. Il n'aurait jamais pu avoir lieu : je n'ai jamais eu de nerf fibrique. Les souvenirs de ces après-midi d'été où nous mangions des glaces et que la froideur du sorbet remontait au cerveau de tout le monde me reviennent en mémoire. Je n'avais jamais ressenti cette douleur, car je n'avais pas de nerf fibrique. Mon c½ur s'accélère à mesure que les choses deviennent claires dans ma tête. Je concentre toutes mes forces pour ne pas bouger, et attend le moment qui me semble le plus propice pour tenter de me relever : mais la douleur est atrocement puissante et la foule approche à grande vitesse. Il ne me reste que quelques secondes que je mets à profit pour recouvrer quelques forces qui me restent. Puis, d'un bond, je me relève, et m'engouffre dans le square Trudaine. Mathieu hurle à la foule de me poursuivre, tout en se jetant à mes trousses. Je traverse l'hôtel particulier Charbone, et me retrouve rue des Martyrs. Je dévale la pente dans l'ombre, et tourne dans la rue Lafayette. Dans un effort suprême, je tente une accélération continue dix minutes durant. J'ai l'impression que jamais mon corps n'a enduré un tel effort, et alors que les hurlements des convives me poursuivant se fait entendre, je traverse la place Stalingrad. L'avenue Simon Bolivar se profile dans les ténèbres, et déjà, les coups de fusils à pompes résonnent dans l'air. Je sais qu'ils ne sont pas loin. Je bifurque d'une rue à l'autre, sans trop savoir où je vais. Il ne me reste plus que quelques minutes avant de trouver un endroit où me cacher, faute de quoi la milice aérienne me retrouvera sans problème. Je m'engouffre dans un renfoncement, et escalade une porte rouillée d'un bâtiment abandonnée. Retombé sur mes pieds, dans ce qui semble être un terrain vague, je m'arrête, épuisé. La foule s'attroupe de l'autre côté de la barrière, et je sais que je n'ai plus aucune chance. Je mets alors mes mains en porte voix et hurle : « Ecoutez-moi ! Je me rends. Vous pourrez me tuer. Mais laissez-moi expliquer mon histoire avant cela. Laissez-moi vous dire toute la vérité. » Un long silence se fait durant lequel le vent passe funestement autour de nous. La voix de Mathieu se fait entendre. « Ouvre ce portail, et nous te laisserons parler » ordonne-t-il. Je m'approche lentement de la lourde porte de métal, et démets la robuste chaîne d'acier qui la garde fermée. Je la pousse péniblement, m'offrant à la vue de la foule de mes anciens amis, connaissances et inconnus dont les yeux s'illuminent d'un sentiment bruyant lorsqu'ils deviennent l'endroit où nous nous trouvons. Un bref instant, en me retournant, un souffle terrible et douloureux se fait sentir dans ma poitrine: l'endroit où je viens d'atterrir se trouve être les restes du collège Sainte-Louise.








A Suivre: Episode VIII - Alexis -
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# Posté le dimanche 03 février 2008 06:39

Modifié le dimanche 03 février 2008 08:25